• Chapitre 6 : Bip

    Andrew

     

    Ma tête me brûlait, la migraine cognant derrière mon front comme le son d'un glas que l'on aurait oublié de ne pas sonner.

    Parce qu'Elena avait voulu s'assurer que je ne recommencerai pas à m'échapper mentalement, ne serait-ce que le temps d'une conversation. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a fait, mais j'avais vraiment l'impression qu'elle a griffé mon cerveau.

    Enfin. Pour l'heure elle m'a enfermé, seul, dans la voiture, le temps qu'elle boive quelque chose de chaud. Je ne veux même pas savoir ce qu'elle fait, mais à peine a-t-elle été partie que j'ai appelé Riley.

    Enfin, j'ai essayé.

    Pendant environ cinq minutes.

    Et puis j'ai sombré dans un sommeil comateux.

     

    Même dans mes rêves, je me sens suivi et traqué. Comme si elle avait déposé une présence dans mon esprit. Le visage de Riley apparaît et se dérobe, tantôt souriant, tantôt grimaçant -je n'avais pas remarqué cette petite marque sur son cou...

    Des silhouettes volent, fantomatiques, autour de moi. Une main délicate se tend et saisit la mienne, et je l'entraîne dans une valse. Pourtant tout est flou, indescriptible et les parties lumineuses des vêtements chatoyants qui tournent autour de nous brillent, leur lumière s'évaporant doucement, suivant leurs mouvements sur fond noir d'encre.

    J'entraîne ma partenaire en dehors de la salle de bal. Impossible en revanche, d'entendre la conversation que nous avons, les sons sont déformés, faibles et distants. Elle me sourit. Elle a une petite marque rosée dans le cou... Soudain une femme vient interrompre ce moment. Elle la ramène dans la salle de bal et je suis.

     

    Pourquoi Elena fuit-elle cette fille ? Je suis sûr que notre départ précipité est dû à la présence de Riley. En aurait-elle peur ? Se sentirait-elle menacée par sa présence ? De toutes façons, Riley ne pourrait rien faire contre Elena. Elle n'en ferait qu'une bouchée. Je passe le doigt sur les tatouages qui entourent mes poignets.

    Comme d'habitude...

     

    C'est étrange. Elena conduit sans rien me dire, elle qui aime bien m'accabler de reproches et autres joyeusetés, elle ne dit rien, les mains tellement serrées sur le volant que ses articulations, blanches, en deviennent exsangues. Elle a dépassé la limite de vitesse, très largement, en fait elle va deux fois plus vite que ce qui est autorisé.

    Je lui jette des regardes en coin, les mains serrées entre mes genoux. Ses lèvres sont pincées, ses yeux plissés et une lueur que je n'y ai jamais vu y brille. A croire qu'elle est vraiment terrifiée.

     

    Plus le temps passe et moins ce comprends où va Elena. Elle a déjà fait cinq demi-tours, tourné dans des directions aléatoires autant de fois ; et elle vient de s'arrêter prendre un café. J'en profite pour essayer de reprendre contact avec Riley...

    Riley ?

    Andrew ?

    Je n'ai pas beaucoup de temps.

    Où es-tu ?

    J'en sais rien... Je crois que t'as fait peur à ma « sœur ».

    Comment ça ?

    Euh...

     

     

    Riley

    Je crois que t'as fait peur à ma sœur.

    En entendant ça, j'eus un fou rire. Cette femme avait l'air tellement... comment dire ? Inhumaine ? Insensible ? Comment imaginer que moi, petite personne sans conséquence, aie pu lui faire peur ?

    Comment ça ?

    Euh...

    Moi ce que je crois c'est qu'elle a peur de notre capacité à avoir des conversations Skype sans Skype, sans Internet et sans ordinateur oui !

    Ah, et j'ai oublié : tu étais censée ne pas t'en souvenir...

    Comment ça ?

    Je sais pas si t'as remarqué, mais si tu parles de moi à quelqu'un il va te regarder bizarrement et décider que tu as de la fièvre.

    Ah, oui... mais...

    Attends elle revient, peux plus parler.

     

    Petit silence.

     

    Bip.

     

    Je souris en entendant ce bip. Puis je fondis en larmes...

    Cette idée de ne pas savoir où était Andrew, couplée à mon rêve, dans lequel -j'avais beau essayer de me souvenir, mais il n'avait pas ces tatouages aux poignets... ces tatouages qui n'en étaient pas d'ailleurs, d'après ce que j'avais compris. Ils constituaient le sceau qui pliait Andrew/Henry à sa sœur... machine ? Je décidai que « machine » lui allait très bien comme nom. Ce serait parfait.

    Cette pensée me fit sourire. Je regardai de nouveau la tache rosée dans le miroir.

    C'était vrai qu'elle n'était pas si moche...


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